Conte : des abeilles dans l'école



J'ai connu certains moments moins heureux. Attendez que je me rappelle ! Par exemple, en 1949, j'ai eu peur. Je n'avais pas de moustiquaires. Quand arrivaient les jours de chaleur, les élèves ouvraient toutes grandes les fenêtres pour avoir un peu d'air frais. Nos voisins, les Laroche, élevaient des abeilles. Un jour, au moment de la leçon d'histoire sainte, alors que Gertrude Houde, institutrice, pointait les sauterelles sur l'illustration des sept plaies d'Egypte, un essaim de faux-bourdons s'engouffrait par mes ouvertures. Les garçons se ruèrent dans la chambre de la «maîtresse». D'autres se jetèrent sur le plancher, rampant sous les pupitres. Le cris strident d'une petite de deuxième année me fit frémir jusqu'au faîte de ma charpente. L'humidité, paraît-il, gagna plusieurs caleçons !

Une masse vibrante se déplaçait à quelques centimètres du plafond. Les enfants étaient proches de la panique. Mademoiselle Houde revenait à peine du choc provoqué par cet incident que M. Maurice Laroche entra rapidement dans la classe pour expliquer que si on les laissait tranquilles, les abeilles ne piqueraient personne. Il en fut ainsi. Mais pour plus de sécurité et surtout pour laisser toute liberté aux abeilles, la maîtresse retourna les élèves chez eux !