Conte : la visite de Monsieur le curé

 

On disait de l'école d'autrefois que c'était le vestibule de l'église, et de l'institutrice qu'elle était la prêtresse de la terre. On exigeait donc d'elle une conduite sans reproche, que le curé endossait par un certificat de moralité.
     
Une manche trop courte, un col ouvert, un écart de langage ou un goût trop affiché pour la danse au village: un rien suffisait à jeter des doutes sur la capacité de la maîtresse à conduire convenablement sa classe. Et les commérages couraient vite au confessionnal !

Entouré de prestige et de respect, le curé venait en fait vérifier le travail de la maîtresse auprès des enfants de Dieu. C'était elle qui, cinq jours sur sept, veillait sur les jeunes brebis et leur enseignait les vertus de la famille, de la terre, de la patrie, et bien sûr, de la religion catholique.

Une classe pieusement décorée pour le mois de Marie comblait monsieur le Curé de contentement, tout comme une tirelire de la Survivance remplie de sous pour sauver la langue française. Mais rien ne valait autant aux yeux de tous que l'image d'un petit Chinois dont on avait sauvé l'âme pour 25 sous durement économisés.