Conte : les journées d'hiver


Je me souviens des jours d'hiver où le vent soufflant du nord me figeait, m'engourdissait. Impuissant, mon poêle à deux ponts ne suffisait pas à combattre le froid. Les enfants devaient garder leur manteau, leur écharpe de laine du pays ainsi que leurs grosses mitaines, à l'intérieur de l'école.

Autour du poêle, je revois l'institutrice Blanche Pouliot ou Lucienne Perreault et peut-être même Marie-Anne Bérubé raconter la fin tragique d'un Père Oblat, mort de froid chez les Esquimaux (Inuits). Dans de telles conditions, la journée de classe était très longue. Par contre, je me souviens de certains jours d'hiver, heureusement plus cléments où les enfants excités, turbulents se roulaient dans la neige ou se laissaient glisser en traîne sauvage sur la butte des Sirois. L'hiver, des fois, c'est bien beau.

 



 

Ces enfants étaient toute ma vie. Je me souviens de beaucoup de filles et de garçons appliqués, studieux, avides de connaître. Je me souviens encore de mes rêveurs, de mes poètes, de mes enfants tellement sages qu'on ne s'en occupait pas. J'ai souvenance de quelques grandes ambitieuses voulant à tout prix les premières places.

Et surtout, je me rappelle avec plaisir les exploits et les trouvailles de mes plaisantins, de mes fins finauds, de certains maladroits et de quelques cancres, bien connus sous le terme de "grands niaiseux". Ceux-là ont su immortaliser la bêtise sans borne de l'esprit humain en gravant sur les pupitres ou dans les latrines des formules inédites.