La journée d'une maîtresse d'école

Autrefois, les enfants de la campagne n'allaient pas à l'école du village ou de la ville. Les autobus scolaires n'existaient pas et les parents n'avaient pas le temps de les conduire eux-mêmes à l'école. Afin de permettre aux enfants de s'instruire, on a alors pensé construire, un peu partout dans la campagne, des petites écoles qu'on a appelées les écoles de rang


On les appelait ainsi parce que les gens les construisaient au milieu d'un rang, près du plus grand nombre possible d'enfants. Pendant plus de 150 ans, les écoles de rang ont permis aux Québécois de la campagne d'obtenir leur diplôme d'études primaires.


L'âme de l'école de rang, c'était la maîtresse d'école. Après les parents et le prêtre, elle jouait le rôle le plus important dans la destinée des enfants. À la fois surveillée et soutenue par l'inspecteur d'école, le curé du village, les commissaires et les parents, l'institutrice transmettait nos valeurs sociales et religieuses.


Il y a cinquante ans, peu de jeunes filles pouvaient devenir maîtresse d'école. Je pense que j'ai été chanceuse d'obtenir un diplôme me permettant de faire l'école», de dire Noëlla Martin, retraitée de l'enseignement.


Voici comment se passait une journée d'hiver dans une école de rang.

«Je me levais à l'aube. Ma première préoccupation était d'allumer le poêle à deux ponts. J'y cuisais mon déjeuner. Ensuite, je me lavais la figure dans un grand bol d'eau claire.

Mes élèves n'avaient pas tous le même âge. Certains étaient en première année, d'autres en septième; mais tous s'entendaient assez bien. Je rédigeais minutieusement ma préparation de classe adaptée à chacune de mes divisions et puis, j'écrivais les travaux de chaque division au tableau noir.
À partir de 8 heures, mes élèves, grands et petits, arrivaient par famille. La classe commençait à 9 heures. Je leur enseignais le catéchisme, l'histoire sainte, le français, l'arithmétique, la bienséance, l'hygiène et les travaux manuels. Ils recevaient même des notions d'agriculture, d'anglais et de chant.


À midi, je sonnais la cloche pour annoncer l'heure du dîner. Les enfants ouvraient alors les sacs de papier qui contenaient leur repas. Je me retirais momentanément dans ma cuisine pour mon propre repas. Jusqu'à une heure, les élèves pouvaient s'amuser dehors. De nouveau, la cloche sonnait. Ensemble, on disait le chapelet et l'enseignement reprenait.


À 4 heures, les écoliers retournaient chez eux. À la lueur de la lampe à l'huile, je corrigeais les travaux, préparais les bulletins. Dans un cahier spécial, appelé le journal d'appel, je notais les présences et les absences de la journée. Je faisais également le ménage de l'école.

Peu avant minuit, j'emplissais le poêle de grosses bûches et je profitais des bienfaits d'un sommeil réparateur qui me permettait de recommencer le lendemain.»